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Traductions

L'été meurt jeune

Mirko Sabatino

Denoël, 2019

« Quando sei solo le cose ti succedono tutte intere.

In teoria questa legge dovrebbe valere anche per la felicità, ma non le si adatta per via di quella parola – solo – intorno alla quale la felicità, per quanto si possa sistemarla, tirarla, rincalzarla, fa sempre le grinze.
Avevo dodici anni e mezzo quando ho cominciato a essere solo, e da allora non ho mai smesso. È diventata un’attività, piú che una condizione. Per cui, quando ho saputo che l’avrebbero tirata fuori, sono tornato nel mio paese natale cosí come, parecchi anni prima, me n’ero andato.
Solo. »

« Quand on est seul, les choses nous arrivent tout entières.
En théorie, cette règle devrait valoir aussi pour le bonheur, mais elle n’y parvient pas à cause de ce mot — seul — autour duquel le bonheur, qu’on a beau arranger, étirer, border, achoppe toujours.
J’avais douze ans et demi quand j’ai commencé à être seul, et depuis je n’ai jamais cessé de l’être. C’est devenu une activité, plus qu’une condition. Ainsi, quand j’ai su qu’on allait la repêcher, je suis retourné dans mon village natal exactement comme, il y a plusieurs années, je l’avais quitté.
Seul. »

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Gracchus le chasseur

Martoz

Actes Sud-L'An 2, 2019

Gracchus le chasseur est adapté d’une nouvelle éponyme de Franz Kafka, restée inachevée, Der Jäger Gracchus (1916/17), dont on connaît deux variantes. Le protagoniste est un chasseur blessé lors d’une chasse au chamois dans la Forêt noire. Croyant sa mort prochaine, il enfile son suaire et s’étend sur la civière qui le portera jusqu‘à l‘au-delà. Mais l’embarcation funéraire qui doit l’y conduire est détournée et le ramène dans la région dont il est originaire.
Revenu dans son pays natal, Gracchus le chasseur, ni vivant ni défunt, mais guidé par le vent « qui souffle dans les régions les plus souterraines de la mort », erre et fait une série de rencontres avec des personnages qui parlent une langue très étrange, où les mots semblent déformés.

Le livre aborde les questions de la souffrance, de la mort, de l’exil, du péché originel, du voyage de la vie. 


Martoz propose une adaptation extraordinaire du texte de Kafka : on dirait que Picasso, Francis Bacon et Miro ont unis leurs talents pour se mettre à la bande dessinée.
La traductrice, Lise Caillat, se hisse au même niveau, inventant une langue inédite.

Opposition et Libération

Aldo Capitini, Goffredo Fofi, Piergiorgio Giacchè

Cahiers de l'Hôtel de Galliffet, 2018

Philosophe et pédagogue, Aldo Capitini (1899-1968) a été une personnalité majeure de la culture et de la politique italiennes du XXe siècle. Aujourd’hui, cinquante ans après sa disparition, peu se souviennent de lui, même en Italie. Pourtant, Norberto Bobbio l’a évoqué comme une figure clé de l’histoire de la spiritualité italienne. Antifasciste non violent pendant la résistance armée, végétarien en des périodes d’indigence générale puis de bien-être festif, irréductible pro-mouvements au moment de la renaissance des partis, homme politique refusant la candidature électorale, religieux ouvert demandant à être débaptisé et invitant les laïcs à une adjonction religieuse sans laquelle on ne peut organiser une efficace opposition : ainsi a vécu Aldo Capitini, « le Gandhi italien », l’homme qui en 1961 organise la première Marche pour la Paix Pérouse-Assise, devenant la principale référence du pacifisme en Italie.

Cette anthologie, la première publiée en France, invite à découvrir une personnalité hors norme, où vie et pensée s’enlacent dans la parfaite cohérence d’une rigueur éthique qui refuse de se plier à l’acceptation de la loi brutale de la réalité.

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L'amour qui me reste

Michela Marzano

Grasset, 2018

« Tutto perde confine, è indistinto, come quando ero bambina e in campagna, verso sera, contavo le rondini e i pipistrelli e non riuscivo mai a capire quale fosse il primo pipistrello e quale l'ultima rondine. Era sempre cosí, allora. Anche quando arrivava mia madre e gridava "basta", gridava "guarda dove metti i piedi", gridava "ma dove hai la testa ?" Un passo dopo l'altro. Un giorno dopo l'altro. "Quand'è che metti la testa a posto ?" urlava. Poi sei arrivata tu e tutto è andato a posto, non solo la testa. La strada da percorrere. I confini. L'ultima rondine e il primo pipistrello. Un passo dopo l'altro e un giorno dopo l'altro. Anche quando mia madre gridava "basta", e perdevo il conto dei passi.

Adesso come faccio a contare di nuovo ? »

« Les contours s'effacent, tout est indistinct, comme quand j'étais petite et qu'à la campagne, le soir, je comptais les hirondelles et les chauves-souris sans jamais réussir à repérer la première chauve-souris et la dernière hirondelle. C'était toujours la même chose, alors. Quand ma mère arrivait et criait "ça suffit", elle criait "regarde où tu mets les pieds", elle criait "mais où as-tu la tête ?" Un pas après l'autre. Un jour après l'autre. "Tu vas mettre de l'ordre dans ta tête ?" hurlait-elle. Puis tu es arrivée et tout s'est remis en ordre, pas seulement dans ma tête. La route à parcourir. Les contours. La dernière hirondelle et la première chauve-souris. Un pas après l'autre, un jour après l'autre. Même quand ma mère criait "ça suffit", et que je perdais le compte de mes pas.

Comment compter à nouveau maintenant ? »

La révolution Sergio Leone

Gian Luca Farinelli, Christopher Frayling

La Table Ronde, 2018

En accueillant l'exposition Il était une fois Sergio Leone – conçue par Gian Luca Farinelli, directeur de la Cineteca de Bologne –, la Cinémathèque propose un événement Sergio Leone pour le grand public, que promouvra une campagne de communication déployée dans la France entière. Films, conférences et rencontres se succéderont pendant quatre mois, et le livre-catalogue, dont la publication a été confiée aux Éditions de La Table Ronde, accompagnera cette rétrospective.

 

Co-écrit par Gian Luca Farinelli et Christopher Frayling, biographe attitré de Sergio Leone, l'ouvrage réunit des écrits du cinéaste, des textes critiques sur son œuvre, des entretiens avec certains de ses plus proches collaborateurs ainsi qu'une filmographie exhaustive. Il sera complété de documents issus des collections de la Cineteca et autres images illustrant le travail du réalisateur.

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Magnifica

Maria Rosaria Valentini

Denoël, 2018

« Ada Maria si sentiva davvero a proprio agio in mezzo agli alberi, ai sentieri scoscesi, a bolle di roccia calcarea. Conosceva le piante, riconosceva le impronte di tanti animali, i muschi, i funghi. Sapeva dove e quando trovare nocciole, more, sambuco, asparagi, gelsi, spore, susine brune. A volte avanzava in macchie di verde talmente fitte da sentirsi affogare tra rami e foglie. A volte il paese scompariva da ogni vista, allora lei che non era mai partita – mai stata da nessuna parte – provava a immaginare la distanza, la separazione dalle due stanzette di casa, dal fratello, dal padre, dalla piazza. »

« Ada Maria se sentait vraiment à l'aise au milieu des arbres, des sentiers escarpés, des bulles de roche calcaire. Elle reconnaissait les plantes, les empreintes de nombreux animaux, les mousses, les champignons. Elle savait où et quand trouver des noisettes, des mûres, du sureau, des asperges, des spores, des mirabelles. Il lui arrivait de traverser des fourrés tellement épais qu'elle avait la sensation de se noyer dans les feuillages et les branches. Parfois le village échappait complètement à sa vue, alors elle qui n'était jamais partie – jamais allée nulle part  tentait d'imaginer la distance, la séparation d'avec sa maisonnette, son frère, son père, la place. »

Petite femme

Anna Giurickovic Dato

Denoël, 2018

« Odio questa casa, dice Maria, e tutto quest'odio lo sento riversarsi su di me, mentre mi osserva con severità, segue i contorni stanchi del mio corpo e ne prova antipatia, incontra i miei occhi gelosi, spaventati ?, e ne prova pena. Ma una pena senza amore, senza un briciolo di compassione, priva di tenerezza, pena simile a disgusto, malcelato disprezzo, desiderio di essere il quanto più possibile lontana da ciò che sono io, sua madre. »

 

« Je déteste cet appartement, dit Maria, et je sens toute sa haine se déverser sur moi, tandis qu'elle me toise avec sévérité, suit les contours fatigués de mon corps en éprouvant de l'antipathie, croise mes yeux jaloux, effrayés ?, en éprouvant de la peine. Mais une peine sans amour, sans une once de compassion, privée de tendresse, une peine semblable au dégoût, au mépris mal dissimulé, au désir d'être le plus loin possible de ce que je suis, sa mère. »

Smith & Wesson

Alessandro Baricco

Gallimard, 2018

« RACHEL : (...) E adesso riassumo : ci aspettavamo un sacco di cose dalla vita, non abbiamo combinato niente, stiamo scivolando giù nel nulla e lo stiamo facendo in un buco di culo dove una splendida cascata ogni giorno ci ricorda che la miseria è un'invenzione degli uomini e la grandezza il normale andazzo del mondo. Potremmo spararci, ma non abbiamo neanche i soldi per comprare una pistola. Quindi siamo nella merda, tutti e tre, e una sola cosa ci può salvare.

WESSON : Sarebbe ?
RACHEL : Il nostro talento.

SMITH : Sarebbe ? »

« RACHEL : (…) Maintenant je résume : on attendait un tas de choses de la vie, on n'a rien fait de bien, on glisse peu à peu vers le néant, et ce dans un trou paumé où une splendide cascade nous rappelle tous les jours que la misère est une invention humaine et la grandeur le cours naturel du monde. On pourrait se tirer une balle, mais on n'a même pas de quoi s'acheter un revolver. Bref, on est dans la merde, tous les trois, et une seule chose peut nous sauver.

WESSON : Laquelle ?

RACHEL : Notre talent.

SMITH : Lequel ? »

Le pays que j'aime

Caterina Bonvicini

Gallimard, 2016

« Amavo Olivia di un amore nuovo. Era strano : c'era un oggi emozionante e c'era un domani da sognare, ma bastava una nevicata per richiamare tutto il passato. Ricordo una sera a Bologna, i lampioni illuminavano i fiocchi larghi, che sembravano d'oro controluce. Guardavamo in su ipnotizzati. Forse era un segno. Pensavamo a quando prendevamo lo slittino e ci buttavamo giù dalla collina – a tutta velocità, abbracciati, urlando – e mia madre diceva che prima o poi ci saremmo spaccati la testa tutti e due. Però a noi non importava, insieme eravamo disposti a qualsiasi schianto. »

« J'aimais Olivia d’un amour nouveau. C’était étrange : il y avait un aujourd'hui palpitant et un demain à rêver, mais une chute de neige suffisait à faire resurgir tout le passé. Je me souviens d’un soir à Bologne, où la lumière des réverbères jouait avec les larges flocons, qui à contre-jour évoquaient des pièces d'or. Nous regardions en l'air, hypnotisés. C'était peut-être un signe. Nous pensions aux fois où nous prenions notre luge pour nous élancer du haut de la colline – à toute vitesse, agrippés l'un à l'autre, en hurlant – avec ma mère qui disait que tôt ou tard nous allions nous fendre le crâne. Mais nous ne l'écoutions pas, ensemble nous étions prêts à toutes les chutes. »

Les beignets d'Oscar ou Mes 100 jours de bonheur

Fausto Brizzi

Fleuve, 2015

« Il mio nome proprio è Lucio che, nell'hit-parade dei nomi brutti, si piazza al settimo posto assoluto dopo Pino, Rocco, Furio, Ruggero, Gino e l'inarrivabile Gennaro. Mia madre era una fan del buon Battisti che in quegli anni intonava dai juke-box La canzone del sole e cosí ecco scelto il mio autografo per sempre : Lucio Battistini. Capite ? Eh già, perché è qui la vera ironia, il cognome di mio padre : Battistini ! Adesso capite perché la mia vita è stata sempre in salita ? Immaginate un ragazzino degli anni Settanta, cicciabomba brufoloso con occhialoni talpati, quasi omonimo del piú famoso cantautore italiano e, confessate, anche voi mi avreste preso per il culo. »

« Mon prénom à moi c'est Lucio, et dans le hit-parade des prénoms moches, Lucio occupe la septième place incontestée après Pino, Rocco, Furio, Ruggero, Gino et l'inégalable Gennaro. Ma mère était une fan du bon vieux Battisti qui, ces années-là, faisait vibrer les juke-box avec La canzone del sole, d'où ma signature fixée pour l'éternité : Lucio Battistini. Vous comprenez ? Eh oui, parce que toute l'ironie est là, dans le nom de famille de mon père : Battistini ! Vous comprenez maintenant pourquoi dans ma vie j'ai toujours dû ramer à contre-courant ? Imaginez un petit gars des années soixante-dix, bouboule et boutonneux portant des culs-de-bouteille, quasi-homonyme du plus célèbre chansonnier italien et, avouez-le, vous vous seriez foutu de ma gueule comme tout le monde. »

Trois fois dès l’aube

Alessandro Baricco

Gallimard, 2015

« Era l'alba. Guardò il cielo lontano rischiarato da una luce ambigua e non fu più sicuro di niente. La donna chiese se la stava covando, quella birra, e allora lui andò a portargliela. Si segga, disse la donna, ma con un tono dolce, questa volta. Un attimo, disse l'uomo, e ritornò alla finestra. C'era quella luce. Pensò che era un invito, ma adesso gli risultava complicato capire se era rivolto anche a lui. Guardò l'orologio come se ci fosse qualche probabilità di trovare lì una qualche risposta e non ne dedusse nulla di utile, tranne la vaga impressione che fosse un'ora sbagliata per un sacco di cose. »

« C'était l’aube. Il regarda le ciel au loin gagné par une lumière ambiguë et ne fut plus sûr de rien. La femme demanda s'il attendait qu'elle soit chaude, cette bière, alors il la lui apporta. Asseyez-vous, dit la femme, avec douceur cette fois. Un instant, dit l'homme, et il retourna devant la fenêtre. Cette lumière. Il crut y voir une invitation, mais il avait du mal à comprendre si elle s'adressait à lui aussi. Il regarda sa montre comme s'il y avait quelques probabilités de trouver là une réponse et n'en retira rien d'utile, à part la vague impression que c'était une mauvaise heure pour un tas de choses. »

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Mr Gwyn

Alessandro Baricco

Gallimard, 2014

« ― Quando fece a me il ritratto, io lo lessi, alla fine, e c'era un paesaggio, a un certo punto, quattro righe di un paesaggio, e io sono quel paesaggio, mi creda, io sono tutta quella storia, sono il suono di quella storia, il passo e l'atmosfera, e ogni personaggio di quella storia, ma con un'esattezza sconcertante sono perfino quel paesaggio, lo sono sempre stata, e lo sarò per sempre.

Il vecchietto le sorrise.

 ― Sono sicuro che era un paesaggio bellissimo.

 ― Lo era, disse Rebecca. »

« ― Quand il a fait mon portrait, je l'ai lu, une fois terminé, et il y avait un paysage, à un moment donné, un paysage en quatre lignes ; eh bien, je suis ce paysage, croyez-moi, je suis toute cette histoire, je suis les bruits de cette histoire, son rythme et son atmosphère, chaque personnage de cette histoire, mais je suis aussi avec une exactitude déconcertante ce paysage, je l'ai toujours été et le serai toujours.

L'artisan lui sourit.

 ― Je suis sûr que ce paysage était magnifique.

 ― Il l'était, dit Rebecca. »

Histoire de mon innocence

Francesco Pacifico

Robert Laffont, 2013

« Ora, anche un santo, nel chiedere un prestito a suo padre, deve decidere che genere di figlio è, se un figlio cazzuto, in gamba, o un bambolotto che vivrà all'ombra dei genitori e morirà molliccio. Per questo di solito i santi non chiedono prestiti ai genitori e scelgono la via della povertà. Ma io volevo cambiare lavoro. Dovevo per forza cambiare lavoro, stavo uscendo pazzo. Dovevo mollare il mio posto di redattore alla casa editrice cattolica Non Possumus e cercare un impiego più spensierato. Ma come giudicherete dalla conversazione in cui chiedo il denaro a papino, all'epoca avevo proprio il genere di lavoro che fa esclamare : "Hai voluto la bicicletta ?" »

« Aujourd'hui, même un saint doit décider quel genre de fils il est, un fils qui en a, un fils doué, ou un gros bébé qui vivra dans l'ombre de ses parents et mourra tout mou, au moment de demander un prêt à son père. C'est pourquoi, en général, les saints ne demandent pas de prêt à leurs parents et font vœu de pauvreté. Mais je voulais changer de travail. Il fallait impérativement que je change de travail, j'étais en train de devenir fou. Il fallait que je quitte mon poste de rédacteur au sein de la maison d'édition catholique Non Possumus et que je trouve un emploi moins pénible. Pourtant, comme vous pourrez en juger à travers la conversation dans laquelle je demande l'argent à mon papounet, j'avais alors exactement le genre de travail qui fait s'exclamer : "Tu l'as voulu ton vélo ? Eh bien maintenant, pédale !". »

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Emmaüs

Alessandro Baricco

Gallimard, 2012

« Andre balla  lo fanno tutte, in quel mondo là  le ragazze ballano. Danza moderna, non quelle cose sulle punte. Fanno degli spettacoli, dei saggi, ogni tanto, e dato che anche le nostre ragazze talvolta ballano, noi ci andiamo. Dunque abbiamo visto Andre ballare. In un certo senso lì è come in chiesa, cioè è una comunità ritagliata via dal mondo, genitori e nonni, va da sé che si applaude molto. Non c'è nessuna relazione con la vera bellezza, nemmeno lì. Solo, ogni tanto, c'è qualche ragazza che sta là sopra come producendo una forza, come staccando il corpo da terra. Ce ne accorgiamo perfino noi, che non ne capiamo niente. Alle volte è una ragazza anche brutta, con un corpo brutto  non sembra avere importanza la bellezza del corpo. È come stanno, che conta. »

« Andre fait de la danse  elles en font toutes, dans ce monde-là  les filles font de la danse. De la danse moderne, pas ces trucs sur les pointes. Elles font des spectacles, des démonstrations, de temps en temps, et vu que nos copines dansent aussi parfois, nous y allons. Donc nous avons vu Andre danser. Dans un certain sens, c'est comme à l'église, une communauté retirée du monde, des parents et des grands-parents, il va sans dire qu'on applaudit beaucoup. Il n'y a aucun lien avec la beauté véritable, là non plus. Simplement, par moments, une fille apparaît sur la scène et semble produire une énergie, détachant son corps de terre. Même nous qui ne comprenons rien, nous le remarquons. La fille peut être laide, avec un corps laid  la beauté du corps ne semble pas avoir d'importance. C'est le mouvement, qui compte. »

Le lent sourire

Caterina Bonvicini

Gallimard, 2011

« Qualche giorno fa sono andata a trovare sua madre. Mentre eravamo in giardino, ha tirato fuori un'immagine che mi ha tolto il respiro. Solo a lei potevano venire in mente delle parole così esatte.
"Il suo sorriso lento", ha detto.

Vero. Perché si apriva gradualmente. Era un'operazione che durava qualche secondo, ma aveva un suo tempo. Si piegavano gli occhi, si alzavano le sopracciglia, si sollevavano gli zigomi : c'era tutta un'armonia dietro, e questa armonia aveva bisogno di coinvolgere piano l'intero viso. Ci sono bocche che scattano, facce che si trasformano in un battito, espressioni che escono rapidissime. Lisa no, aveva il sorriso lento. »

« Il y a quelques jours, je suis allée rendre visite à sa mère. Nous parlions dans le jardin et elle a eu une expression imagée qui m'a coupé le souffle. Seule elle pouvait trouver des mots aussi justes. "Son lent sourire", a-t-elle dit.

Vrai. Parce qu'il s'étirait progressivement. C'était une opération qui durait quelques secondes, mais qui avait son propre tempo. Les yeux se plissaient, les sourcils s'arquaient, les pommettes remontaient : il y avait toute une harmonie derrière, et cette harmonie devait envahir doucement tout le visage. Il y a des bouches qui éclatent, des figures qui se transforment en un éclair, des expressions qui surgissent d’un coup. Lisa non, elle avait le sourire lent. »

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L'équilibre des requins

Caterina Bonvicini

Gallimard, 2010

« Torino mi piace vuota. Mi sembra più vera quando è in silenzio.

Tanto la riempio io : di squali. Sì, perché nelle mie opere Torino diventa una città sommersa. Fra i palazzi nuotano squali bianchi, tigre, carcarini, grigi di barriera, pinne nere e bianche, squali martello. Uso il materiale di mio padre, passo ore e ore davanti al computer a montare le immagini. Paradossalmente, alla fine, non è il pesce che rissalta, ma la facciata barocca. Quella davanti a cui passiamo tutti i giorni, senza vederla. »

« J’aime Turin vide. Elle me semble plus vraie quand elle est silencieuse.

De toute façon, je la remplis moi-même : de requins. Oui, parce que dans mes œuvres, Turin devient une ville engloutie. Entre les immeubles nagent des requins blancs, des requins-tigres, des carcharins, des gris de récif, des requins à pointes noirs et blancs, des requins-marteaux. J'utilise le matériel de mon père, je passe des heures et des heures devant l'ordinateur à monter les images. Paradoxalement, au bout du compte, ce n'est pas le poisson qui ressort, mais la façade baroque. Celle devant laquelle on passe tous les jours, sans la voir. »

Grand Prix de l'Héroïne Madame Figaro, 2010.

Blessures de guerre

Giulia Fazzi

Gallimard, 2007

« Non riesco a infilare la chiave nella serratura della portiera mi trema la mano non riesco a infilarla sto per urlare sto per urlare mi trema la mano mi volto indietro Sandro non mi ha seguita finalmente apro la portiera salgo in macchina mi chiudo dentro e parto verso l'uscita la sbarra è alzata il custode mi guarda come se non mi avesse riconosciuta sono io sono Lisa sono una delle operaie lo vedo che sta per chiedermi qualcosa e io scappo su via dell'Industria ma poi accosto mi fermo scendo e vomito sul ciglio della strada le auto e i camion sfrecciano a poca distanza da me

e sto per urlare

la chiave non si infila nella serratura mi sembra che una mano da dietro stia per afferrarmi il collo e sbattermi la fronte contro la lamiera

ma Sandro non mi ha seguita »

« Je n'arrive pas à faire entrer la clé dans la serrure de la portière ma main tremble je n'arrive pas à la faire entrer je vais hurler je vais hurler ma main tremble je me retourne Sandro ne m'a pas suivie enfin j'ouvre la portière saute dans la voiture m'enferme à l'intérieur et me dirige vers la sortie la barrière est levée le gardien me regarde comme s'il ne me reconnaissait pas c'est moi c'est Lisa je suis une des ouvrières je le vois qui s'apprête à me demander quelque chose alors je file rue de l'Industrie puis je me range m'arrête descends et vomis sur le bord de la route les camions et les automobiles filent tout près de moi

et je vais hurler

la clé ne rentre pas dans la serrure j'ai l'impression qu'une main va m'attraper le cou par-derrière et cogner mon front contre la carrosserie

mais Sandro ne m'a pas suivie »

Coup de coeur du Festival du Premier Roman de Laval, 2008.

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